Histoire de l’église

Pour le visi­teur, l’église Saint-Martin de Triel appa­raît à la fois comme très belle et très surpre­nante. Elle enjambe même une route, elle semble faite de plusieurs morceaux qui ne sont pas dans le même axe. C’est qu’elle a une longue histoire et qu’elle porte la marque de deux grandes époques, le XIe et le XVIe siècles.

La paroisse

La paroisse de Triel remon­te­rait au XIe siècle, et la première construc­tion de l’église actuelle au XIIe siècle, du moins quant au porche exté­rieur Nord-Ouest, côté opposé au maître-autel. Cette église aurait remplacé une église romane, entou­rée d’un cime­tière et elle-même construite sur un cime­tière gallo-romain, aménagé à la lisière de la forêt de l’Hau­til.

Avant la révo­lu­tion, la paroisse de Triel était du doyenné de Meulan, et faisait partie de l’im­mense diocèse de Rouen, 1 388 paroisses et 4 000 prêtres sécu­liers. Le terri­toire de la paroisse était très étendu. D’abord tout Triel, puis Ecquan­court, ou hameau de la roche ; Chan­te­loup, Carrières-sous-Poissy, avec chapelle vica­riale dédiée à saint Joseph (1659). À l’Ouest, Triel compre­nait aussi Port-Maron, Maron ancien plâtrier qui donna son nom au port qu’il avait aménagé. Pour tout ce terri­toire, un seul curé avec plusieurs prêtres comme vicaires à Triel, à Chan­te­loup et à Carrières, en plus de chape­lains et de « prêtres habi­tués ».

L’église

Au début du XIIIe siècle en effet, vers 1240, fut construite une église de trente mètres de long, qui compre­nait la nef actuelle, un chœur, un tran­sept et un chevet plat qui s’ar­rê­tait à peu près au niveau de la rue Galande. (On retrouve encore aujourd’­hui de tels chevets à Andrésy ou Jouy-le-Moutier, par exemple). Il compre­nait aussi les deux bas-côtés que l’on voit encore aujourd’­hui.

Vers la fin du XIIIe siècle, la voûte de la nef, prévue un peu trop haute (17,10 m, hauteur que l’on retrouve encore au croi­sillon Sud), s’écroula et fut recons­truite plus basse (14,55 m), telle qu’on peut la voir encore aujourd’­hui. Au XVe siècle on ajouta à l’église un second bas-côté sud, on dût pour cela abattre les anciens murs du XIIIe siècle.

Le porche situé sur le côté de la première travée de l’église, fait partiè de la même époque. C’est main­te­nant l’en­trée prin­ci­pale de l’église. Au XVIe siècle, l’église fut jugée trop petite et pour l’agran­dir on contrui­sit d’abord un nouveau chœur. Comme l’église du XIIIe menaçait ruine, il fut projeté de la démo­lir. C’est pourquoi, lors de la construc­tion du chœur on ne s’est pas aligné sur l’an­cienne nef, on a construit un chœur plus large.

Comme en bordure de l’église se trou­vait le chemin royal (le seul vrai­ment prati­cable à cette époque), qui allait de la Seine jusqu’à Chever­che­mont et les hauteurs de l’Hau­til, on a simple­ment construit par-dessus cette route. Ce qui vaut à l’église de Triel cette très grande origi­na­lité de voir ce chemin de l’Hau­til passer sous l’église.

Lorsque le chœur fut construit, se posa le problème de la démo­li­tion de l’an­cienne nef. On ne sait pas exac­te­ment pourquoi (faute d’argent, ou hési­ta­tion à démo­lir un si bel édifice), mais les archi­tectes ont renoncé à la démo­li­tion. Ils ont simple­ment construit un mur en biais pour raccor­der le chœur et la nef, sur laquelle ils ont posé un étré­sillon trans­ver­sal provi­soire ! (pour empê­cher l’écrou­le­ment des murs).

Tout autour du chœur, se trou­vaient les bustes des statues du Christ-Ensei­gnant, de la Vierge et des apôtres. Hélas, à la révo­lu­tion, l’église fut fermée au culte catho­lique, toutes ces statues furent détruites, seule celle du Christ fut sauve­gar­dée, car on la faisait passer pour une repré­sen­ta­tion de l’Être Suprême. C’est la seule que l’on voit aujourd’­hui.

Lors de la dernière restau­ra­tion du chœur (1988) l’ar­chi­tecte a voulu lais­ser appa­rentes les traces de deux anciennes statues de chaque côté du Christ.

Après la révo­lu­tion, l’église donnait bien des signes de fatigue. De gros étré­sillons de bois traver­saient la nef pour soute­nir la pous­sée des murs, à l’ex­té­rieur il y avait des échaf­fau­dages, le porche royal était encore à ciel ouvert en 1965… Bref, l’église était plus ou moins promise à la démo­li­tion.

Elle fut clas­sée monu­ment histo­rique en 1850, mais rayée en 1887 parce que condam­née à la ruine. Une notice de 1881, signée Eugène Lefèvre-Ponta­lis dit ceci : « Il est très regret­table que la restau­ra­tion de l’église n’ait pas encore été entre­prise. Comme la nef, les bas-côtés et le tran­sept menacent ruine, il faudra tôt ou tard se déci­der à les démo­lir en grande partie pour les rele­ver sur le même plan ! »

Heureu­se­ment, même en ce mauvais état, l’église a tenu bon jusqu’à ce que les tech­niques modernes puissent lui venir en aide. Elle fut reclas­sée en 1894. Sous la direc­tion des Beaux-Arts, une première restau­ra­tion a été effec­tuée de 1911 à 1915 concer­nant la partie du XIIIe siècle. On dut élever des murs de soutè­ne­ment sous les gros arcs et les doubleaux de la nef, afin de tenir toute la voûte en l’air et de reprendre les colonnes par les fonda­tions qui étaient inexis­tantes. Au décin­trage qui eut lieu en 1913 le tasse­ment fut insi­gni­fiant. La seconde grande restau­ra­tion a été commen­cée en 1934, on a refait la même chose pour toute la partie du croi­sillon Sud, celui de l’hor­loge. Là encore on a repris les fonda­tions qui étaient très faibles.

La touche finale, pour la nef, fut donnée le 25 décembre 1976, sous l’im­pul­sion du maire de Triel, Louis Cham­peix. On a réussi à intro­duire du ciment et du béton à l’in­té­rieur des gros piliers centraux, pour les renfor­cer ; et à la suite de cela on put enfin reti­rer les trois gros étré­sillons qui défi­gu­raient la nef et retrou­ver ce magni­fique vais­seau tel qu’il avait été construit au XIIIe siècle, et tel que nous le voyons aujourd’­hui.

Enfin la dernière restau­ra­tion eut lieu en 1988, sous la direc­tion de Jean-Claude Rochette, archi­tecte en chef des Monu­ments Histo­riques, elle a eu pour but le nettoyage et la pein­ture du chœur du XVIe siècle, qui en avait bien besoin. On a remplacé quelques pierres, notam­ment dans les deux premiers piliers du chœur.

Au cours de ce rempla­ce­ment, on a décou­vert sous des colon­nettes qui avaient dû être placées là au moment de raccor­der les deux édifices, la base du pilier du XVIe siècle. L’ar­chi­tecte a donc imaginé un moyen de soute­nir ces colon­nettes à mi-hauteur et l’on a vu réap­pa­raître ce pilier dans son ensemble, alors qu’une partie du pied était cachée depuis le XVIe siècle.

Tout récem­ment la tempête de 1990 avait causé quelques dégâts à la toiture et avait arra­ché la silhouette de saint Martin qui se trou­vait sur la deuxième pointe du clocher (et qui servait de girouette !). Les dégâts ont été répa­rés et Saint Martin a retrouvé à sa place grâce à une équipe d’al­pi­nistes.

Il faut ajou­ter à l’en­semble de ces restau­ra­tions, celle de la cloche qui eu lieu en 1957. À cette occa­sion, elle fut descen­due du clocher pour partir dans les ateliers.

Aujourd’­hui donc, l’église Saint-Martin de Triel a retrouvé toute la beauté que les siècles lui ont donnée.

La chapelle de la Sainte Vierge

Dans le fond de l’église et d’un style beau­coup plus récent (très XIXe siècle) se trouve la chapelle de la Sainte Vierge. La statue récem­ment restau­rée semble dater du XVIe ou du XVIIe siècle. Elle repré­sente Marie sous le vocable de « Refuge des pécheurs » (l’Église célèbre cette fête le 16 janvier). Les vitraux de cette chapelle retracent les prin­ci­paux épisodes de la vie de Marie, depuis sa nais­sance, sa présen­ta­tion au temple, l’an­non­cia­tion, son mariage avec Joseph, la visi­ta­tion, la nais­sance de Jésus, enfin l’As­somp­tion, et son couron­ne­ment dans le ciel. C’est là que se trouve le Saint Sacre­ment et que sont célé­brées les messes en semaine.

Les orgues

Avant la révo­lu­tion il devait sûre­ment y avoir un orgue dans l’église, car parmi le nombreux clergé de Triel, il est fait mention d’un « Prêtre orga­niste » mais on ne trouve aucune trace de cet orgue qui a du être détruit par les révo­lu­tion­naires.

L’orgue actuel fut sûre­ment construit par E. et J. Abbey vers 1890 ou 1900. C’était à l’ori­gine un orgue « de salon », racheté par la paroisse et placé dans l’église en 1927. (L’inau­gu­ra­tion a eu lieu le 26 juin 1927). Il a subi un entre­tien assez bon au cours des années et a même été enri­chi de quelques jeux pour lui permettre de faire face à un plus grand réper­toire et de mieux servir ainsi la litur­gie.

Le dernier rele­vage date de 1982 ; c’est au cours de ce rele­vage qu’ont été posés les tuyaux de façade qui sont muets. Les travaux de restau­ra­tion du chœur en 1988 (malgré une bonne protec­tion) lui ont occa­sionné quelques dégâts et l’on espère pouvoir bien­tôt faire un nouveau rele­vage.

Il comporte quinze jeux, dont un « Kerau­­lo­­phone », ce qui est plutôt rare.

Les vitraux

Si l’église de Triel mérite d’at­ti­rer l’at­ten­tion pour son archi­tec­ture, la belle série de vitraux qu’elle renferme n’est pas moins inté­res­sante à exami­ner. Beau­coup sont en grande partie du XVIe siècle, parfois complé­tés ou restau­rés, mais souvent d’ori­gine. Ils sont attri­bués pour la plupart à Enguer­rant Le Prince et ses deux fils, Jean et Nico­las (ateliers de Paris et de Beau­vais), quelques-uns, peut-être à Pina­grier et à ses élèves (Paris). Il y a dans ces vitraux à la fois des scènes d’évan­gile ou de la vie des saints très véné­rés à l’époque de leur construc­tion. Quelques-uns viennent d’être restau­rés, grâce aux tech­niques modernes qui font dispa­raître les « plombs de casse » disgra­cieux qui avaient été rajou­tés jadis, surtout dans les visages.

Pour les iden­ti­fier, nous commen­ce­rons par le chœur, puis la station côté sacris­tie et nous ferons le tour de l’église.

Le chœur

Il est éclairé par cinq fenêtres. Une seule, la fenêtre centrale a conservé un vitrail du XVIe siècle repré­sen­tant la cruci­fixion. Au centre le Christ est cloué sur la croix, le sang coule de ses plaies. Des anges le recueillent pieu­se­ment dans des coupes. Ce motif touchant a été fort en vogue à partir du XIIIe et surtout du XIVe siècle. Au pied de la croix, debout, se tiennent Marie (Stabat Mater) et Jean. Marie-Made­leine est affais­sée par la douleur.

La station (côté sacris­tie)

Le premier vitrail, sous lequel est écrit la date : « en l’an mil-cinq-cent » (certains pensent qu’il s’agit de 1520), repré­sente trois scènes.

À gauche saint Jean-Baptiste présen­tant « l’agneau de Dieu », au centre la conver­sion de saint Hubert, qui voit lui appa­raître un cerf portant une croix dans ses bois et à droite, un reli­gieux dont on pense qu’il s’agit de saint Fiacre patron des jardi­niers.

Au sommet de ce vitrail on peut voir Jésus tel que Pilate l’a présenté à la foule en disant : « voici l’homme » (Ecce homo). En bas, les person­nages agenouillés sont sûre­ment les dona­teurs du vitrail.

La verrière suivante est beau­coup plus récente puisqu’elle a été réali­sée en 1903 par les ateliers Schwartz d’An­drésy. Elle repré­sente le martyre de saint Vincent. Vincent était diacre de l’Église de Sara­gosse (Espagne). Valé­rien, évêque de cette ville, que l’on voit à côté de lui dans le vitrail, ayant une grande diffi­culté de parole, ce fut Vincent qui répon­dit à sa place lorsqu’ils furent conduits ensemble devant le tribu­nal de Dacien, pendant la persé­cu­tion de Dioclé­tien. L’évêque fut condamné à l’exil et Vincent resta pour souf­frir et mourir.

Il est repré­senté ici refu­sant d’of­frir un sacri­fice idolâtre à la statue de Jupi­ter Olym­pien. À ses pieds se trouvent tous les instru­ments de tortures dont on le menace s’il persé­vère dans sa foi. Il est le patron des vigne­rons et l’on célèbre sa fête le 22 janvier.

Le déam­bu­la­toire (derrière l’orgue)

Le premier vitrail repré­sente l’Arbre de Jessé. Jessé était le père de David, l’an­cêtre du Christ, et donc le point de départ de l’arbre généa­lo­gique de Jésus, « Fils de David ». Un arbre vigou­reux sort de sa poitrine et parmi les six rois repré­sen­tés ici, on recon­nait David, l’au­teur des psaumes, qui joue de la lyre (le Kinor). À gauche, le prophète Isaïe porte un phylac­tère sur lequel on lit : « Un reje­ton sortira de la souche de Jessé » (Isaïe 11), et à droite, Moïse tient une bande­rolle sur laquelle est écrit : « Une étoile sortira de Jacob » (Nombres 24).
 Au sommet du vitrail, celui que tout cet arbre annonce, Jésus, dans les bras de sa Mère. Cette verrière, sûre­ment l’une des plus belles de Triel, est attri­buée à Jean Le Prince, vers 1550.

Saint Vincent est aussi repré­senté, dans l’église, par cette belle statue. Il est revêtu du costume litur­gique du Diacre, dalma­tique et mani­pule, et porte à la main la palme du martyre. Il est mort vers l’an 304. Il rappelle l’époque où la plupart des habi­tants de Triel étaient des vigne­rons. (Le mot de vigne­rons dési­gnait jadis l’en­semble de ceux qui travaillaient la terre).

Le vitrail suivant repré­sente en haut à gauche, Saint Roch vêtu en pèle­rin, son chien lui apporte un pain. Au centre : Saint Martin, (patron de la paroisse), dans un riche costume de l’époque, offre la moitié de son manteau à un pauvre. À droite : Saint Nico­las, évêque de Myre ; à ses pieds les trois enfants qu’il a ressus­ci­tés.

Le Martyre de Saint Sébas­tien occupe toute la partie basse du vitrail. À noter les costumes des archers (romains !) qui ressemblent plus aux costumes du XVIe siècle. Le dona­teur est inscrit sur le vitrail, Thomas Mercier de Meulan en 1557.

Le dernier vitrail raconte, dans la partie haute deux scènes de la vie de Saint Mathu­rin. D’un côté il délivre du démon la fille de l’em­pe­reur Maxi­min, Théo­dora, de l’autre ses parents sont bapti­sés par Poly­carpe évêque de Sens.

Au dessous : scènes de la vie de Saint Nico­las : en bas, enfant, il se tient debout dans sa baignoire et juste au dessus : il donne une bourse à un malade. Sur le côté droit : il apaise la tempête. Il est ici le patron des jeunes filles et des mari­niers. Saint Mathu­rin est le patron du dona­teur, Mathu­rin Le Bailly, dont le nom se lit en haut à gauche.

Dans l’angle de ce qui était jadis la chapelle Saint-Jacques (on voit encore des coquilles dans la voûte), se trouve le fameux vitrail du pendu dépen­du…
 Des pèle­rins qui se rendaient à Compos­telle passent la nuit dans une auberge à Toulouse. La servante très marrie de n’avoir pas réussi à séduire le fils (la scène est évoquée dans le haut à gauche), cache une coupe dans sa besace. Le jeune garçon est arrêté par des cava­liers et condamné à être pendu pour vol. Mais Saint Jacques le soutient de toutes ses forces si bien que la corde ne l’étrangle pas. Au retour de leur pèle­ri­nage, après trente six jours d’ab­sence, les parents vont aver­tir le juge que leur fils est toujours vivant. Ils le trouvent atta­blé et vont s’en­tendre dire : « Votre fils n’est pas plus vivant que mon poulet rôti, mais immé­dia­te­ment le poulet se met debout et bat des ailes. »
 Cette histoire a plusieurs origines et se retrouve, avec des variantes, dans la légende dorée. La date de 1554 est indiquée en haut à gauche. Ce vitrail assez mal restauré a proba­ble­ment été offert par la confré­rie de Saint Jacques, formée d’an­ciens pèle­rins de Compos­telle.

Le déam­bu­la­toire (en face de l’orgue)

Les vitraux situés de l’autre côté du déam­bu­la­toire sont d’une compré­hen­sion plus facile, il s’agit de scènes de la vie de Jésus.

Le premier nous montre la trans­fi­gu­ra­tion. Le Christ appa­raît dans sa gloire, ayant à ses côtés Moïse et Elie. En dessous, Pierre (au centre), Jacques et Jean. Pierre dit : « Seigneur il nous est bon d’être ici, si tu veux dres­sons là trois tentes », Et du ciel, Dieu le Père nous révèle : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé ». Il faut voir ce vitrail le matin lorsque le soleil levant le fait vrai­ment briller de tous ses feux.

Le suivant nous montre le Baptême du Christ (moderne), par contre le martyre de Jean-Baptiste, en bas du vitrail pour­rait dater de 1550.

À côté se trouve « l’ado­ra­tion des mages » qui vient d’être restauré, il serait de 1869.

La verrière suivante du XVe siècle fut offerte par les habi­tants de Chever­che­mont (hameau dépen­dant de la paroisse de Triel. Elle repré­sente la « Dormi­tion de Marie », son Assomp­tion vers le ciel. Comme le veut une tradi­tion, Marie est entou­rée des apôtres ; et au sommet du vitrail est repré­senté son couron­ne­ment dans le ciel, par la Sainte Trinité. (Voir la photo en page suivante).

En 1906 au moment de « l’in­ven­taire », ce vitrail fut réper­to­rié : « Mort d’une sainte incon­nue » !

Le repas chez Simon

À la Station près de l’au­tel de Saint Joseph se trouve une des plus belles verrières de notre église ; elle date­rait de 1520 envi­ron et vient aussi d’être restau­rée. Il s’agit du repas chez Simon le phari­sien et de la péche­resse qui vient se pros­ter­ner aux pieds de Jésus. Mais on pour­rait se servir de ce tableau pour illus­trer aussi « la Cène » tant il est bien composé.
 Le vitrail qui suit est plus récent, il repré­sente la résur­rec­tion de Lazare. Par contre celui de l’en­trée de Jésus à Jéru­sa­lem aurait été exécuté vers 1530. Notez le person­nage perché dans un arbre qui nous fait penser à Zachée.
 Enfin, après une verrière qui a disparu depuis long­temps, les deux dernières fenêtres nous montrent la cruci­fixion et la résur­rec­tion de Jésus. Elles datent de 1550 envi­ron malgré quelques restau­ra­tions plus récentes.

Il faut voir tous ces vitraux l’après-midi pour en appré­cier le jeu des couleurs.

Liste des saints figu­rés dans notre église

  • saint Martin
  • saint Joseph
  • saint Gond
  • saint Adrien
  • saint Nico­las
  • saint Jean-Marie Vian­ney
  • saint Jean
  • saint Pierre
  • saint Jacques
  • les Saints Apôtres
  • saint Antoine de Padoue
  • saint Lazare
  • saint Vincent
  • saint Jean-Baptiste
  • saint Joachim
  • saint Zacha­rie
  • saint Mathu­rin
  • saint Sébas­tien
  • saint Roch
  • saint Hubert
  • saint Fiacre
  • sainte Barbe
  • sainte Thérèse
  • les Saintes Femmes
  • sainte Marie-Made­leine
  • sainte Marthe
  • sainte Marie (sœur de Lazare)
  • sainte Anne
  • sainte Élisa­beth
  • les Saints Inno­cents

Biogra­phie de saint Martin (316–397)

L’icône de la charité, modèle du moine et de l’apôtre.

Le manteau
 L’épi­sode du manteau partagé domine large­ment l’ico­no­gra­phie marti­nienne. Soli­de­ment enra­ci­née dans la culture et la piété popu­laire, cette image fait de Martin une icône de la charité. Au cœur d’un hiver parti­cu­liè­re­ment rude et à l’aube d’une jour­née ordi­naire, en l’an 337, un pauvre à moitié nu implore la pitié aux portes d’Amiens. Faisant fi des moque­ries de ses semblables, un soldat à cheval saisit son glaive, découpe en deux la large cape rouge qui recouvre sa cuirasse et couvre le malheu­reux de cette auguste étoffe. Ce soldat romain, c’est Martin, fils d’un comman­dant de la Légion romaine, né en 316 en Panno­nie (Nord-Ouest de l’ac­tuelle Hongrie).

Modèle du moine et modèle de l’apôtre
 Caté­chu­mène depuis l’âge de 10 ans, à l’insu de ses parents toujours païens, Martin est déjà en route vers le Christ quand survient l’épi­sode fonda­teur d’Amiens. La nuit suivante, le Christ lui appa­raît en songe, s’adres­sant à ses anges : « Martin, encore caté­chu­mène, m’a revêtu de cet habit ». C’est l’ac­com­plis­se­ment de la parole évan­gé­lique : « Ce que vous avez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’avez fait (Mt 25, 40) ». Martin se fait bapti­ser sans délai et démis­sionne de l’ar­mée deux ans plus tard, non sans diffi­cul­tés, pour ne plus servir que le Christ. Il accepte dans un premier temps une charge d’exor­ciste, mais décline le diaco­nat, dont il ne se juge pas digne.
 La vie de Martin s’ins­crit en parfaite harmo­nie avec le foison­ne­ment apos­to­lique et théo­lo­gique du IVe siècle, celui d’Au­gus­tin, de saint Jérôme, de Jean Chry­so­stome ou encore d’Hi­laire de Poitiers, tous docteurs de l’Eglise, celui aussi du concile de Nicée (325). C’est au cœur de cette authen­tique effu­sion de l’Es­prit Saint, alors que l’em­pire est encore partagé entre paga­nisme et chris­tia­nisme malgré la conver­sion de l’em­pe­reur Cons­tan­tin (312), que Martin devient à la fois modèle du moine et modèle de l’apôtre.

Du monas­tère à l’évê­ché…
 Après sa rencontre avec Hilaire, évêque de Poitiers, Martin fonde vers 360 le premier monas­tère de Gaule, à Ligugé, à huit kilo­mètres au sud de Poitiers. Ligugé préfi­gure la formi­dable aven­ture monas­tique qui trans­for­mera plus tard l’Eu­rope médié­vale. Il y mène une vie ascé­tique très sévère, atti­rant à lui de nombreux disciples. Avec ses frères, il se partage entre la vie soli­taire, la vie commu­nau­taire et la vie apos­to­lique, parcou­rant les chemins pour ensei­gner et soigner. Martin, devenu prêtre, y acquiert une répu­ta­tion de thau­ma­turge : les malades et les néces­si­teux affluent vers lui.
 À la mort d’Hi­laire en 367, Martin refuse de lui succé­der, au grand désar­roi des Poite­vins. Quatre ans après, leurs voisins Touran­geaux se montrent à la fois plus rusés et plus pugnaces pour le procla­mer évêque de Tours. Martin cède, tandis que certains de ses confrères regardent avec mépris cet homme « mal peigné, aux vête­ments sales, à la mine pitoyable ». D’autres recon­naissent en lui le Christ pauvre et le jugent digne de la succes­sion apos­to­lique. Malgré sa charge, Martin conserve son mode de vie monas­tique et choi­sit un lieu de retraite à Marmou­tier, à deux kilo­mètres de Tours, où il s’ins­talle dans une cabane de bois puis une grotte. Il y est rejoint par quatre-vingts disciples qui deviennent moines à leur tour.
 Évêque, Martin montre un zèle apos­to­lique excep­tion­nel. Il déra­cine le paga­nisme dans les campagnes et enra­cine la foi au Christ, fondant ses paroisses et instal­lant ses prêtres, semant la récon­ci­lia­tion là où il y a la divi­sion. Martin multi­plie aussi les voyages en Gaule et en Europe, repro­dui­sant le modèle pauli­nien de l’apôtre péré­gri­nant. Luttant contre l’hé­ré­sie arienne (néga­tion de la divi­nité du Christ), se montrant habile et ferme avec les puis­sants, proche et frater­nel avec les pauvres, il répand la foi chré­tienne, fondant son action apos­to­lique sur la prière, la péni­tence et la charité, sans lesquelles il n’y a pas de fécon­dité possible. Bien­tôt, le chris­tia­nisme, venu d’Orient, gagnera tout l’oc­ci­dent et la France sera un royaume chré­tien (baptême de Clovis en 496).

Un rayon­ne­ment encore bien présent…
 Saint Martin meurt d’épui­se­ment en 397, après avoir passé ses dernières nuits en prière, s’in­fli­geant encore des péni­tences sur son lit de cendres. Sulpice Sévère, son hagio­graphe, rapporta sa dernière parole : « Le sein d’Abra­ham s’ouvre qui va me rece­voir ». Le rayon­ne­ment de Martin, hier et aujourd’­hui, en France et bien au-delà, est consi­dé­rable. Plus de cinq cents communes de France portent son nom, et encore plus d’églises. Martin est le patro­nyme le plus répandu dans notre pays.

Guillaume de Prémare


Aména­ge­ment récent de l’église (2008)

Le Père Silvano Bellomo souhaite faire évoluer la dispo­si­tion de notre église avec comme objec­tif un rassem­ble­ment de la commu­nauté. Il propose de descendre l’au­tel dans le haut de la nef entre les pilliers qui soutiennent le clocher. Cette dispo­si­tion nous est propo­sée pendant le Semaine Sainte.

Voici un extrait de la lettre envoyée au Père Bellomo par le Père Allou­chery, Secré­taire géné­ral de la Commis­sion diocé­saine d’art sacré.

Cher Père Silvano,
 
 Pour l’amé­na­ge­ment d’un autel prin­ci­pal pour la messe parois­siale, il ne convient pas qu’il soit sur l’es­trade qui a été posée au bout de la nef, bloquant la porte occi­den­tale. Il faut garder la vision axiale de cette église vers l’Est. Le regard monte vers le chœur lumi­neux du XVIe siècle.
 Vous pouvez construire une estrade en bois recou­verte d’une moquette de deux marches sous le clocher entre les piliers en haut de la nef.
 Prévoir un autel cubique comme à Louve­ciennes et un pupitre d’am­bon.
 Le siège du célé­brant peut excep­tion­nel­le­ment se placer en arrière de l’au­tel dans l’axe.
 Sur le premier palier, des choristes peuvent prendre place mais pas en surplomb de l’au­tel. Ils sont visibles de l’or­ga­niste.
Il faut impé­ra­ti­ve­ment reti­rer l’au­tel en bois sans le dépe­cer et le placer dans le tran­sept Nord.
 Avec l’ar­chi­tecte des Monu­ments Histo­riques, voir au repo­si­tion­ne­ment de l’an­cien autel en pierre sur son emmar­che­ment pour être utilisé éven­tuel­le­ment dans cette partie haute de l’église.
 Possi­bi­lité de réou­ver­ture de l’es­ca­lier accé­dant à la crypte.
 Avec l’ar­chi­tecte des Monu­ments Histo­riques, étudier un nouveau sas pour la petite porte d’en­trée, un sas en verre avec bâti en bois bien plus petit que l’ac­tuel, celui-ci est bien trop impor­tant et gène la circu­la­tion sur la bas côté Sud.
 
 Il y aurait à étudier le réseau et les points d’éclai­rage dans cette église surtout pour le nouvel autel sous le clocher. Il faudrait égale­ment prévoir une meilleure dispo­si­tion des chaises et des bancs pour l’en­semble des fidèles en faisant atten­tion au chemi­ne­ment de circu­la­tion.
 La compré­hen­sion des aména­ge­ments anté­rieurs dans ce lieu doit vous permettre d’ha­bi­ter au mieux cette église, celle d’une vivante assem­blée eucha­ris­tique et dans une certaine cohé­rence, donner du sens à ce patri­moine.
 
Bien frater­nel­le­ment,
P. Jean-Pierre Allou­chery +