Le diaconat permanent reste l’une des vocations les moins connues du grand public, y compris parmi les catholiques pratiquants. Pour en éclairer la réalité concrète, nous avons interrogé Marc Fontenay, diacre permanent depuis une dizaine d’années, marié et père de famille. Ce personnage est une composition à but illustratif, destinée à rendre accessible une vocation réelle et peu médiatisée de l’Église catholique.
Une vocation restaurée par le Concile Vatican II
Le diaconat permanent semble peu connu du grand public. Pouvez-vous en expliquer l’origine ?
« Le diaconat existe depuis les tout premiers siècles du christianisme : on en trouve la trace dans les Actes des Apôtres, avec l’institution des sept premiers diacres chargés du service des pauvres. Mais pendant près d’un millénaire, dans l’Église latine, le diaconat n’a plus existé que comme une étape transitoire obligatoire avant l’ordination sacerdotale, quelques mois avant de devenir prêtre. Sa forme permanente, accessible en dehors de toute perspective de prêtrise, a été restaurée par le Concile Vatican II dans les années 1960, notamment pour répondre au manque de prêtres dans certains territoires. » Cette redécouverte s’inscrit dans un mouvement plus large de renouveau des formes de vie consacrée, que présente notre article sur la vie consacrée et les vocations religieuses aujourd’hui.
Concilier vie professionnelle, vie de famille et ministère
Vous êtes marié et père de famille. Comment articulez-vous cette vie de famille avec votre ministère de diacre ?
« C’est justement la spécificité du diaconat permanent : je n’ai jamais quitté ma profession, et je n’ai jamais mis ma vie de famille entre parenthèses. Mon épouse a été associée à toute la démarche de discernement dès le départ, son accord explicite était d’ailleurs une condition nécessaire à mon ordination. Le diaconat s’exerce en plus de la vie ordinaire, pas à sa place : je continue de travailler la semaine, et j’exerce mon ministère les soirs, les week-ends, lors des célébrations et des visites que l’on me confie. »
Qu’est-ce qu’un diacre peut faire, concrètement, qu’un prêtre ne fait pas, ou inversement ?
« Un diacre reçoit le même sacrement de l’ordre qu’un prêtre, mais à un degré différent, ce qui définit des missions précises. Je peux baptiser, célébrer un mariage, prêcher pendant la messe, présider des funérailles ou porter la communion aux malades. En revanche, je ne peux ni célébrer l’eucharistie moi-même ni donner l’absolution en confession : ce sont deux actes réservés au prêtre. Cette distinction n’est pas une hiérarchie de valeur, c’est une répartition de fonctions au sein d’un même sacrement de l’ordre. » Notre entretien avec un prêtre sur la confession et la réconciliation détaille précisément ce sacrement réservé au prêtre.
Un long chemin de formation
Quelle formation faut-il suivre pour devenir diacre permanent ?
« La préparation s’étale généralement sur quatre à cinq ans, en parallèle de la vie professionnelle et familiale. Elle mêle des cours de théologie, de philosophie et d’Écriture sainte, une formation humaine et spirituelle suivie avec un accompagnateur, et des stages pratiques auprès de prêtres ou de diacres déjà en exercice. Ce n’est pas une formation accélérée : le rythme volontairement long permet un discernement solide, à la fois du candidat, de son épouse, et de l’évêque qui l’ordonnera. »
Cette formation ressemble-t-elle à celle des séminaristes se préparant à la prêtrise ?
« Elle s’en inspire largement sur le plan théologique, avec des enseignements communs en dogmatique, en morale et en Écriture sainte, mais elle se distingue par son rythme et par son ancrage dans la vie ordinaire. Un séminariste vit en communauté, à plein temps, coupé pendant plusieurs années de son activité professionnelle antérieure. Un futur diacre permanent, lui, continue de travailler, d’élever ses enfants, de payer ses factures : la formation se déroule le plus souvent en soirée ou le week-end, une ou deux fois par mois, avec des sessions plus intensives quelques jours par an. C’est une formation pensée pour des hommes déjà engagés dans une vie professionnelle et familiale stable, pas pour des jeunes gens au seuil de leur vie d’adulte. Cette différence de rythme n’enlève rien à l’exigence du contenu, mais elle en change profondément la pédagogie. »
Un homme marié peut-il devenir diacre à n’importe quel âge ?
« Il faut généralement avoir au moins 35 ans au moment de l’ordination, précisément parce que cette vocation suppose une stabilité de vie professionnelle et familiale déjà bien établie. Beaucoup de diacres permanents commencent leur formation après une première partie de carrière, parfois après que leurs enfants ont grandi, même si ce n’est pas une règle absolue. »
Un ministère non rémunéré, choisi par conviction
Le diaconat permanent est-il un métier, au sens où l’Église rémunérerait cette activité ?
« Non, absolument pas, et c’est un point que beaucoup de gens ignorent. Le diaconat permanent est par nature un ministère bénévole : je continue de vivre de mon métier habituel, et j’exerce ma mission de diacre gratuitement, en plus de mon activité professionnelle. C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles cette vocation attire des profils très variés, puisqu’elle ne suppose aucune reconversion professionnelle complète, contrairement au sacerdoce. » Notre calendrier liturgique catholique permet de voir concrètement à quels moments de l’année ce ministère bénévole se déploie le plus intensément, entre grandes fêtes et temps forts liturgiques.
Ce qu’il faut retenir sur le diaconat permanent
Pour synthétiser les points clés abordés dans cet entretien :
- Le diaconat permanent est accessible aux hommes mariés, avec l’accord explicite de leur épouse.
- Il a été restauré par le Concile Vatican II après avoir longtemps disparu comme vocation autonome.
- Le diacre reçoit le sacrement de l’ordre, mais à un degré distinct de celui du prêtre.
- La formation dure généralement quatre à cinq ans, en parallèle de la vie professionnelle.
- Ce ministère n’est jamais rémunéré par l’Église.
Pour qui souhaite approfondir la théologie du sacrement de l’ordre et ses trois degrés, la librairie spécialisée en art et livres religieux propose un fonds documentaire fourni sur les ministères ordonnés et l’histoire des vocations dans l’Église catholique.
Le rôle liturgique du diacre pendant la messe
Concrètement, que fait un diacre lors d’une messe dominicale ordinaire ?
« Le diacre a une place bien définie dans la liturgie, même si elle reste souvent moins visible que celle du prêtre. Je proclame l’Évangile, ce qui est traditionnellement réservé au diacre plutôt qu’au prêtre lorsqu’un diacre est présent. Je peux aussi prêcher l’homélie, formuler les intentions de prière universelle, et j’aide à la préparation de l’autel avant la consécration. Après la communion, je participe souvent au rangement des vases sacrés. Ce sont des gestes qui paraissent secondaires vus de l’extérieur, mais qui structurent en réalité toute la liturgie eucharistique. »
En dehors de la messe, quelles sont vos principales missions ?
« Elles sont très variées et dépendent beaucoup du profil de chaque diacre et des besoins du diocèse. Personnellement, je célèbre des baptêmes et des mariages, je préside des funérailles lorsqu’aucun prêtre n’est disponible, et je consacre beaucoup de temps à l’accompagnement de personnes en difficulté, en particulier dans un cadre social ou caritatif. Cette dimension de service concret, historiquement à l’origine du diaconat dès les Actes des Apôtres, reste pour moi une part essentielle de cette vocation : le mot diacre vient d’ailleurs du grec ancien et signifie littéralement serviteur. »
Cette dimension caritative est-elle propre à votre diocèse, ou plus générale ?
« Elle est au cœur même de la théologie du diaconat, bien au-delà de mon expérience personnelle. Le récit des Actes des Apôtres montre les premiers diacres institués précisément pour que les apôtres puissent se consacrer à la prédication tout en confiant à d’autres le service concret des plus pauvres, en l’occurrence la distribution quotidienne de nourriture aux veuves de la communauté. Le Concile Vatican II, en restaurant le diaconat permanent, a explicitement voulu réaffirmer cette dimension de service, qui s’était un peu estompée quand le diaconat n’était plus qu’une étape rapide vers la prêtrise. Concrètement, cela se traduit aujourd’hui par des visites en prison, un accompagnement de personnes isolées ou malades, un soutien à des familles en difficulté matérielle, parfois un engagement auprès de personnes en situation de rue. Ce n’est pas une option secondaire du ministère diaconal, c’est une part de son identité la plus ancienne. »
Un ministère parfois mal compris par les fidèles eux-mêmes
Rencontrez-vous encore de l’incompréhension face à votre statut de diacre marié ?
« Assez régulièrement, oui, surtout de la part de personnes peu familières de la vie de l’Église. Certains fidèles m’appellent spontanément « mon père », par habitude, avant que je précise que je suis diacre et non prêtre. D’autres s’étonnent sincèrement qu’un homme marié puisse exercer un ministère ordonné, faute de connaître l’existence même du diaconat permanent. Cette méconnaissance, encore assez répandue soixante ans après la restauration de cette vocation par le Concile Vatican II, montre qu’il reste un vrai travail de pédagogie à accomplir sur ce sujet, y compris au sein même des communautés catholiques. »
Une vocation qui s’inscrit dans l’ensemble des sacrements
Le diaconat appartient, avec la prêtrise et l’épiscopat, aux trois degrés du sacrement de l’ordre, l’un des sept sacrements reconnus par l’Église catholique. Notre guide complet des sept sacrements catholiques permet de resituer cette vocation particulière au sein de l’ensemble de l’architecture sacramentelle catholique, aux côtés du baptême, de la confirmation, de l’eucharistie, de la réconciliation, de l’onction des malades et du mariage.
Un ministère qui se transmet aussi par l’exemple
Vos enfants ont-ils grandi avec un regard particulier sur votre engagement de diacre ?
« C’est une question que je me pose souvent moi-même. Je pense qu’ils ont grandi avec une image très concrète de ce que peut être un engagement de foi vécu au quotidien, sans grand discours, à travers des gestes simples : une visite à un malade, une préparation de baptême, une présence à un enterrement difficile. Je ne sais pas si l’un d’eux choisira un jour un chemin comparable, mais je crois que cette proximité avec une vocation vécue concrètement, plutôt que théorique, laisse une empreinte, quelle que soit la suite. Plusieurs diacres de ma connaissance ont d’ailleurs des enfants aujourd’hui engagés dans des formes très diverses de vie ecclésiale, sans que cela soit un objectif recherché en soi. »
